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Récits d'Orient en Occident (XVIe-XVIIes)

Présence littéraire du monde arabe en Europe, de la Renaissance au classicisme

15 Mars - 17 Mars 2006

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Organisé par A. Duprat et E. Picherot pour le Groupe de recherches Orient/Occident (CRLC)
à l'E.N.S. (46 rue d'Ulm, 75005 PARIS) et à la Maison de la Recherche de Paris-IV Sorbonne (28, rue Serpente, 75006 PARIS)
avec la participation du Centre de Recherches en Littérature Comparée, de l'Ecole Doctorale 3, et du Conseil scientifique de Paris-Sorbonne (Paris-IV)

Affiche colloque "Récits d'Orient"

Antoine Coypel, "Mohammed Temin, ambassadeur du sultan du Maroc, assistant à un spectacle dans une loge de la Comédie Italienne à PAris (1682) Photo RMN/Droits réservés

Le XVIe et le XVIIe siècle marquent pour notre civilisation les débuts de la modernité ; pour la culture arabe, ils consacrent un déclin amorcé dès le XIVe siècle, mais dont le monde musulman lui-même ne prendra la mesure qu’à la fin du XVIIIe siècle, avec l’expédition de Bonaparte en Egypte. L’expulsion des Morisques d’Espagne, en 1609, contribue à creuser le fossé qui ne cessera ensuite de s’élargir entre deux univers de pensée et de langage : celui de l’Orient et celui de l’Occident.

 

Or, si l’on connaît l’importance de l’héritage arabe pour l’histoire de la philosophie, des sciences et des arts en Europe, on mesure moins celle des traces que leur culture a pu laisser dans la littérature occidentale, et le rôle joué par les formes et les motifs poétiques et narratifs issus du monde arabe dans l’émergence des nouvelles formes littéraires en Europe. Autant en effet l’image que les Européens se sont faite du modèle politique, social et culturel offert par les Turcs est souvent décrite et analysée, en particulier pour le XVIIIe siècle, autant celle du “ More ” et du “ Sarrasin ” reste encore imprécise, malgré le renouvellement des perspectives apporté par nombre d’études récentes, en particulier anglo-saxonnes, dans ce domaine. La représentation de l’Afrique barbaresque dans la littérature française, par exemple, se confond pourtant pas avec celle de l’Empire Ottoman en général, comme l’avaient montré en leur temps les travaux Guy Turbet-Delof.

 

D’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, cette étude ne va pas sans difficultés. En se bornant à stigmatiser le caractère factice et/ou stéréotypé des motifs liés à l’Orient que l’on relève dans la littérature européenne du début de la modernité, et à dénoncer l’ignorance mutuelle dans laquelle la Chrétienté et l’Islam ont été de leur évolution respective durant ces siècles décisifs qui séparent la Reconquista des premiers mouvements de colonisation européenne de l’Afrique du Nord, on risque de reporter sur la période de la Renaissance au classicisme un modèle de relations propre en réalité à l’ère coloniale qui lui a succédé, manquant ainsi l’intérêt principal de cette période, qui vit la pénétration de nombreux motifs et techniques poétiques d’origine arabe dans les formes littéraires européennes.

 

Il s’agissait donc ici d’étudier aussi bien la transmission savante de textes et de motifs fictionnels et stylistiques, que la transmission multiforme dans l’imaginaire occidental d’une série d’images de la réalité adverse ou partenaire de l’Orient méditerranéen.

 

Le colloque s’est donc ouvert, le jeudi 16 mars, sur une après-midi consacrée à la présence littéraire du monde arabe en Europe jusqu’à l’expulsion des Morisques d’Espagne au début du XVIIe siècle ; on y a réservé une place particulière au rôle important joué par les motifs arabes et barbaresques dans l’œuvre de Cervantès, au tournant du XVIIe siècle. La journée du vendredi 17 mars réunissait ensuite une série d’études portant sur le corpus spécifique des récits de captivité dans les Etats barbaresques (XVI-XVIIe siècles), tandis que les communications de la matinée du samedi 18 mars étaient consacrées à la représentation du monde arabe dans la littérature française, du XVIIe siècle au XVIIIe siècle.

 

On trouvera réunies dans l’ouvrage collectif Récits d’Orient dans les littératures d’Europe Paris, PUPS, 2008) l’intégralité de ces études sur les échos littéraires des motifs issus de ces rencontres réelles et / ou livresques de l’imaginaire européen avec le monde et la culture arabes.