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Fiction et narration

Le cas des récits de captivité dans l'espace méditerranéen (XVIe-XVIIe s)

Séminaire commun du Programme ANR « Islam/Chrétienté au seuil de la modernité. Images et réalités de la guerre de course en Méditerranée (1500-1830)». 2007-2009
2007-2008 : mardi, 10h-12h, Colegio de España - 2008-2009 : vendredi, 17-19h, en Sorbonne, bib. Ascoli, 2e ét. esc.C.
B. Vincent (EHESS), A. Kaiser (Paris-I- EHESS), A. Duprat (Paris-IV Sorbonne)


Fiction et narration

Dessin d'Aurelio Scetti (Journal autographe, v. 1565-1577)

Le séminaire, qui réunit des littéraires et des historiens (B. Bennassar, X. Labat-Saint-Vincent, J. Canavaggio), est consacré à l’intense circulation, entre 1550 et 1700 environ, d’écrits de tout genre qui documentent les expériences individuelles (et collectives) de personnes, personnages ou groupes impliqués dans la guerre de course en Méditerranée, ou victimes de ses effets. Les usages qu’ils font d’éléments, de procédés ou de cadres considérés comme fictionnels ou effectivement représentés dans la fiction contemporaine, remettent en question les distinctions que l’on peut établir entre récits de faits et récits de fiction – le cas des écrits barbaresques de Cervantès est emblématique d’une telle interaction des codes.

Nous proposons d’analyser les contenus de ces récits ou fragments de récits et leurs modes de présentation et de composition, leur insertion dans un cadre non narratif et documentaire. La confrontation et comparaison de ces récits complets, ou de ces fragments de scénarios fera apparaître des différentes façons de raconter, d’évoquer, d’exposer, de solliciter, d’accuser ou de dissimuler, autant de facultés culturelles mobilisées en fonction du but de l’écrit (lettre personnelle, pétition ou supplique, rapport d’expertise, fiction narrative ou dramatique, etc.). On peut ainsi mettre en évidence les différents types de codification ou plus largement l’univers des formes dans lequel puisent les acteurs-auteurs de la guerre de course (témoignage ou mémoire, récit de martyre, écrits relevant d’un genre d’éloquence particulier, détermination par des codes littéraires, par l’origine sociale ou la sensibilité religieuse de l’auteur, par le contexte politique, etc.).

Une attention particulière a été apportée à la posture adoptée par les auteurs par rapport à la question même de la fictionnalité et de son statut, dans les stratégies d’accréditation d’un témoignage, de création d’effets d’évidence, ou de confrontation de diverses versions possibles d’une même histoire, dans la mesure où ces stratégies impliquent l’intervention de scénarisations fortes (chronologie « travaillée », suspense, stratégies pathétiques, façonnement des personnages, etc.). La circulation culturelle en Méditerranée, analysée dans ces directions à travers le récit de captivité comme forme-sens, permet d'interroger le rôle et le statut de la fictionnalité dans l’histoire et sur celui des procédés propres au récit de faits dans la production de la fiction au début de l’époque moderne.

On retrouvera une partie des interventions formulées dans le cadre de ce séminaire par les membres de l'équipe (W. Kaiser, J-C Laborie, C. Zonza) dans le volume La guerre de course en récits. Terrains, corpus, séries (2010), en ligne sur ce site, ainsi que dans un ouvrage collectif actuellement en préparation Légendes barbaresques. Le récit de captivité : codes, stratégies, détournements, A. Duprat dir., Paris, Bouchène, collection Mediterranea, [2011].