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Récits d'Orient dans les littératures d'Europe (XVIe-XVIIes)

Etudes réunies par A. Duprat et E. Picherot.

2008
Récits d'Orient

Toutes les « histoires arabes » du Siècle d’Or ne content pas la mort du dernier des Abencérages, ni la fin d’Al-Andalus. Si la littérature hispano-mauresque, vouée à la célébration ambiguë d’un exil, porte bien au-delà du siècle des Lumières, en France, en Angleterre et en Allemagne les échos de la chute de Grenade, la mémoire des révoltés des Alpujarras et le souvenir des Morisques chassés d’Espagne, inventant pour l’Europe le modèle d’une nostalgie paradoxale, d’autres récits d’Orient puisent au contraire leur force dans celle de l’adversaire ottoman qui règne à Constantinople, et dont les régences barbaresques ne cessent de défier les puissances militaires occidentales depuis les côtes d’Afrique du Nord.
Poèmes, pièces et romans inspirés par ces affrontements, et par la mémoire vive de cette séparation s’imposent alors, au plein sens du terme, comme une littérature du présent dans l’Europe au seuil de la modernité.
S’interroger sur la présence littéraire du monde arabe, défini à la fois par son appartenance à l’Islam et par un ensemble de traits onomastiques et culturels communs, pendant cette période importante de l’histoire de l’Europe implique une remise en question des cadres de pensée dans lesquels s’est longtemps inscrite l’étude de l’orientalisme classique. On connaît la puissance interprétative des catégories de pensée que l’histoire coloniale des puissances européennes a pu faire subir à la vision d’un Orient « fantasmé par l’Occident » — un passé qui n’en finit pas aujourd’hui de reporter sur les périodes antérieures au fait colonial les catégories de pensée contemporaines de son essor.
Si l’Orient des « turqueries » françaises ou italiennes du XVIIe siècle a bien pu fonctionner comme un objet de fantasme, comme un cadre vide investi par les désirs et les besoins intellectuels d’une littérature européenne en quête d’univers de substitution, la richesse même des scénarios et des motifs poétiques que proposait l’Orient aux littératures d’Europe suffit à montrer qu’il n’a pas été pour elle qu’un décor.
Plus qu’un objet, c’est donc un ensemble de modèles que l’Orient arabe, morisque, ottoman et barbaresque a pu proposer à l’imagination littéraire européenne, avant la traduction par Antoine Galland des contes réunis dans les Mille et une Nuits. Issues du colloque « Récits d’Orient en Occident » (16-18 mars 2006, Maison de la Recherche de Paris-IV/ E.N.S Ulm-Sèvres), organisé par A. Duprat, E. Picherot et J-C Laborie pour le Groupe de recherche Orient/Occident (CRLC-Paris-IV-Sorbonne) , les études réunies ici se donnent pour but d’explorer la richesse de quelques-uns de ces modèles.